Que pensent les collégiens de l’Intelligence Artificielle ?

L’Intelligence Artificielle (IA) occupe de plus en plus notre quotidien sans que nous nous en apercevions. La génération X que nous sommes la perçoit comme une technologie intrusive, susceptible de détruire des emplois et parfois dangereuse. Par manque d’information, par méconnaissance de la vertu de certains usages, par peur de la technologie tout simplement… 

Mais nos enfants ? Connaissent-ils l’intelligence artificielle ?  Qu’en pensent-ils ? comment vivent-ils avec ? 

Quatre membres de la commission IA du Think Tank NXU ont mené l’enquête en allant à leur rencontre à travers des entretiens vidéos disponibles ci-dessous.

Deux lycées de la région d’Occitanie, avec la collaboration de l’Académie de Toulouse, ont bien voulu nous accueillir pour réaliser une série d’interviews auprès de collégiens de la 5ème à la 3ème pour élucider auprès d’eux ce qui pour nous apparait parfois comme un mystère.

 ”L’IA remplace les tâches routinières pour qu’on se concentre sur le principal”

”Faire de l’intelligence artificielle de sorte que tout le monde y ait accès facilement et sans danger”

” L’IA c’est aller plus vite là où l’humain serait plus lent”

Méthode 

Le projet a été exposé à l’Académie de Toulouse afin de valider l’opportunité de rencontrer des collégiens pour produire des entretiens vidéo courts autour de leur perception sur l’IA et de son impact sur la société, à l’image des populaires capsules vidéo très nostalgiques et très fortes d’enseignement disponibles aujourd’hui sur le site de l’INA.  

Un collège de la banlieue toulousaine (collège Jacques Maure-Castelginest) et un collège rural (Collège Carnot-Auch) ont permis la réalisation avec la collaboration des élèves de Icam’edia* – association de photos et vidéo de l’Icam de Toulouse – d’une vingtaine d’interviews filmées de groupe de 4-5 collégiens autour de quatre questions : 

  • En quelques mots seulement, c’est quoi l’IA pour toi ?
  • Qu’est-ce que tu veux faire comme métier demain ? 
  • En quoi l’IA va impacter ce métier ?
  • Quel message souhaites-tu faire passer aux concepteurs d’IA pour un monde meilleur ?

Cette phase d’interviews a été complétée d’une restitution suivie d’un débat dans chaque collège avec les professeurs sensibilisés, les élèves et leurs parents.

Les capsules vidéo des interviews construites sur des thématiques « l’IA et .. » sont disponibles avec l’accord des parties prenantes sur cette page.

Résultats 

La phase d’interviews a concerné au total 73 élèves répartis comme suit: 33 élèves de troisième répartis en 10 groupes au Collège Jacques Maure de Castelginest et 40 élèves de la sixième à la troisième répartis en 12 groupes pour le collège Carnot à Auch.

Elle a apporté un réel éclairage sur la façon dont la génération des Milleniums considère l’Intelligence Artificielle. Plus ou moins préparés aux questions, les collégiens ont apporté des réponses pertinentes aux différentes thématiques abordées (définition de l’IA, bienveillance versus malveillance, confort versus libre arbitre, écologie, science-fiction, emploi).

L’Intelligence Artificielle est souvent personnifiée (beaucoup associée aux robots) et parfois associée à l’informatique de gestion. ils ont un a priori positif de l’utilisation de l’IA: 

« Faire le bien »

« Ça peut aider les gens au quotidien : les personnes âgées, faire des recherches…”,

« Ça peut rendre les gens débiles. Si c’est trop on ne se rend plus trop compte de la réalité

“Je pense que c’est l’avenir de l’Homme : elle a été créée par l’Homme mais elle servira à l’Homme”

Perçu majoritairement comme un outil d’aide à la décision ou un support à la réalisation de tâches humaines :

 ”L’IA remplace les tâches routinières pour qu’on se concentre sur le principal”

”Faire de l’intelligence artificielle de sorte que tout le monde y ait accès facilement et sans danger”

” L’IA c’est aller plus vite là où l’humain serait plus lent”

Ils ont une capacité à prendre de la distance par rapport à la technologie. Comme si elle était déjà intégrée naturellement ou spontanément dans leur vie. Ils savent poser un arbitrage sur les façons d’utiliser les technologies d’IA et donnent même un avis assez tranché sur les aspects positifs (appropriation) et négatifs (rejet).

Le développement durable est un sujet mais ils ne voient pas forcément de lien réellement établi avec l’IA, même si des réponses apportées concernent des thématiques « standards » autour de l’économie d’énergie ou une meilleure gestion de la pollution.

Le nombre de références à la science-fiction est assez impressionnant et rejoint la thématique de bienveillance/malveillance et qui s’apparente à une façon de se représenter l’usage de l’IA dans la société. Mais cela ne semble pas les inquiéter outre mesure, riches d’un arbitrage – inné ou acquis – qui leur permet d’exprimer où cela paraît bon ou pas pour l’humain.

En l’occurrence, ils ont une idée plutôt affirmée de la place de l’IA par rapport à celle de l’Homme au travail. Cette technologie n’est pour eux que de nature utilitariste et ne saurait prendre la place de l’homme dans son activité professionnelle. Elle est même considérée comme un moyen d’aider à la prise de décision, d’aider l’ouvrier dans son effort (cobotique) lui donnant ainsi le temps de se former ou de développer d’autres activités dans son quotidien.

Cependant, malgré une vision intéressante du rôle que l’IA devrait prendre dans notre société, on note quelquefois une méconnaissance des domaines où sont utilisées actuellement les sciences d’Intelligence Artificielle et des formes qu’elles peuvent réellement prendre. Ce biais est notamment provoqué par la personnification de l’IA et l’influence des récits de science-fiction. Le concept d’Intelligence Artificielle a aussi tendance à incarner les nouvelles technologies en général (véhicule électrique, informatique, etc). Ces interviews montrent qu’il est aussi nécessaire pour cette génération d’expérimenter et comprendre ces algorithmes et nous avons clairement vu dans les collèges où nous sommes passés l’effort en cours pour y parvenir avec l’aide des enseignants en technologie.

La phase de restitution n’était pas obligatoire pour les élèves. Peu sont venus avec leurs parents. Mais le débat avec les présents a permis de valider la différence de perception de l’IA entre les deux générations, bien qu’ils étaient tous acquis au sujet. 

Discussion / Conclusion 

Cette démarche collective au sein du Think Tank NXU a réuni quatre personnes aux profils très différents et curieuses de la même manière d’apprendre de ces générations. Elle permet de saluer le rapprochement entre l’Académie de Toulouse et le corps enseignant et le monde des experts de l’IA. Les enseignants qui ont participé à l’expérience et mobilisé les collégiens ont apprécié l’impact pédagogique de l’exercice, qui ouvre ou stimule de nouvelles formes d’apprentissage qui mérite d’être reproduite et élargie. L’exercice du débat de groupe filmé puis partagé permet en effet aux collégiens de réfléchir par eux-mêmes et de se positionner davantage sur ces questions de société mais aussi de les amener à la maison auprès de leurs parents pour davantage d’échanges et d’enrichissements mutuels.

Il apparaît cependant que l’Intelligence Artificielle est diversement traitée dans l’Éducation, le panel étant acquis à la cause. Cela souligne la nécessité d’intégrer très tôt les nouvelles technologies dans la formation des jeunes générations pour une meilleure acculturation et une meilleure appropriation des bienfaits des usages mais aussi des limites de l’IA dans nos sociétés.

Equipe du projet

Nous réfléchissons actuellement à une v2 de ce projet à lancer sur la rentrée scolaire 2023/2024.

 

 

 

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