Emmanuel Bertrand-EgrefeuilNon classéSociologie

HLMI machine d’intelligence supérieure

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HLMI machine d’intelligence supérieure

Penser Magazine n°15. Mars-Avril 2038.

« L’avènement des machines d’intelligence supérieure signifie la fin rapide de l’humanité » (JANE K. LEE)

Jane K. Lee est une journaliste américaine, spécialisée dans l’Intelligence Artificielle. Chantre des algorithmes et des robots pendant longtemps, elle a raconté sa conversion en une « critique vigilante » de l’IA dans une nouvelle autobiographique. Nous l’avons rencontrée en ce début d’année 2038, à l’occasion de son passage à Paris. Elle y présentait son dernier essai, intitulé HLMI : High Level Machine Intelligence. L’Humanité aurait-elle déjà perdu ?

Vos détracteurs vous accusent d’avoir un problème personnel avec l’Intelligence Artificielle.
Disons plutôt que j’ai vécu une mauvaise expérience, fin 2027. Je l’ai racontée, par la suite, dans L’humain plutôt que les robots. Mon fils avait trois ans. Nous lui avions acheté, mon mari et moi, un robot personnel, haut de gamme pour l’époque, capable d’échanger par la voix sur des sujets simples (NDLR : chatbot de catégorie 2), pourvu d’une motricité de type 3 (NDLR : bipédie, mobilité du poignet et doigts articulés). Mon mari et moi travaillions tard. Notre fils restait de longues heures avec son « copain Richard ». Un jour, il a fondu en larmes devant moi. Il m’a demandé pourquoi il n’était pas un robot. Son chagrin a perduré, les jours et les semaines qui suivirent. Je connaissais la chanson de son « copain Richard » : Why ain’t I a robot ? J’ai contacté le fabricant. Il était dans l’incapacité de faire disparaître cette rengaine, sans effacer la totalité de la mémoire de la machine. J’ai dû recourir à un psychologue pour organiser une panne du robot, la moins traumatisante pour mon fils. Plus tard, nous avons obtenu, avec plusieurs associations, le retrait de ce type de message des robots personnels. J’ai souhaité partager cette expérience, pour éviter qu’elle se reproduise. Je veille désormais à ce que personne ne fasse croire que les machines éprouvent des sentiments.

Pouvez-vous nous rappeler les dates importantes de l’Intelligence Artificielle ?
La notion d’Intelligence Artificielle trouve son origine au début des années 50, dans les travaux d’Alan Turing, qui s’interrogeait sur les capacités de penser des machines. Il a fallu attendre 1997 pour que le programme Deep Blue, vainqueur du champion du monde d’échecs Gary Kasparov, devienne la première IA reconnue. Le point de basculement a eu lieu dans la décennie 2010. Des progrès considérables dans la classification d’images et la reconnaissance vocale ont été réalisés ; une IA a triomphé du champion du monde de jeu de Go ; l’un de ses successeurs a appris en 4 heures à battre le meilleur programme d’échecs du moment ; des robots se sont mis à marcher, courir et sauter comme seuls les humains en étaient jusqu’alors capables ; le premier album de musique entièrement composé et interprété par une IA est sorti en janvier 2018. Depuis, les algorithmes dits intelligents n’ont cessé d’étendre leur champ d’application.

Vous reconnaissez que les Intelligences Artificielles ont amené de grands progrès.
C’est évident. Elles ont d’abord révolutionné le plus important : notre santé. Des programmes assistent les médecins dans leur diagnostic. D’autres sauvent des vies en interprétant tout type de radiographies, avec une fiabilité supérieure à un humain. Sur les tables d’opération, des robots pilotés par les chirurgiens reproduisent leurs gestes avec une sûreté et une précision inégalable.
Dans les transports, la fiabilité des voitures et des camions autonomes sauve, chaque année, des centaines de milliers de vies à travers le monde.
L’exploitation minière et la manipulation de matières dangereuses, qui emportaient chaque année leur lot de vies humaines, sont désormais effectuées par les dernières générations de robots.
Dans les centres de tri de déchets, les progrès de la reconnaissance d’images ont rendu l’industrie du recyclage très rentable. Au milieu de l’océan, des barges autonomes de dépollution, alimentées par des panneaux solaires, collectent les débris flottants, les trient et les retraitent, sans intervention humaine.
Enfin, des robots construisent sur Mars, sans discontinuer depuis 2027. Cette base pourrait accueillir des humains, quand les difficultés liées aux voyages longs dans l’espace auront été surmontées.

Les conséquences sur l’emploi ont été plutôt bien gérées, selon vous.
La robotisation de ces tâches et de ces métiers — mineur, routier, taxi, mais aussi caissière – a détruit des millions d’emplois. Dans l’ensemble, les gouvernements ont bien réagi. Ils ont aussi profité de l’essor de l’économie du recyclage. Les machines qui remplaçaient des humains, ont été taxées. Les secteurs de l’éducation, de la petite enfance, des soins et de l’accompagnement des malades et des personnes âgées ont connu un développement considérable, grâce à de fortes incitations fiscales. Les relations interpersonnelles se sont développées, dans un contexte de visibilité plus forte des robots. C’est encore une bonne nouvelle.

Néanmoins, vous déplorez la mainmise des algorithmes sur l’économie.
Les Intelligences Artificielles occupent tous les rouages de l’activité économique.
Des logiciels gèrent en ligne la comptabilité d’entreprises et de particuliers sans intervention humaine. D’autres sites internet fournissent des conseils en placements financiers. (…)

Emmanuel Bertrand-Egrefeuil

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