Si la morale intervient dans le collectif qu’en est il de la liberté ?
Certains philosophes distinguent la morale de l’éthique. Laurent Cournarie, Agrégé de philosophie et membre de la commission Philosophie de NXU dit « la morale est centrée sur l’action, l’éthique sur la personne ». La morale est donc absolue. L’action est pure ou ne l’est pas. Si elle ne l’est pas elle doit être interdite. Mon mensonge est une action. Mais la morale l’interdit. Alors je ne mentirai pas, même si ma vérité provoque la mort de mon prochain. Si l’éthique est centrée sur la personne, alors je mentirai dans certaines conditions comme celle de sauver une vie.
Kant fonde la loi morale sur la liberté. La liberté vient après la loi morale. La loi morale est pure. Elle est « à priori ». La loi morale est donc universelle, et elle nous donne la liberté face à nos expériences sensibles. « Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigée en loi universelle ». Contraignons pour être libres !
Il ne vaut mieux pas confier l’application de la morale, notamment au sens Kantien du terme à un dictateur.
L’extrême, dans ce type de raisonnement, légitime le dictateur à procéder par la contrainte puisque ça garantie la liberté. Mais dans une moindre mesure, une démocratie peut se comporter en dictature soft en réglementant dans tous les recoins du fonctionnement de la société puisque ça garanti notre liberté.
Il faut faire très attention avec ce type d’approche.
Une décision susceptible de contraindre le peuple n’est jamais neutre. Si l’état dit que l’on n’a pas le droit de mentir parce que c’est une loi universelle, il n’y a plus que des robots humains. L’action humaine doit être pure. Plus besoin de réfléchir. C’est cool !
J’exagère ? Quoique…
Non seulement notre déterminisme limite notre liberté, comme évoqué précédemment, mais maintenant il n’est plus utile de réfléchir. L’état pense pour nous. L’état nous ajoute un nouveau déterminisme puisqu’il s’impose « à priori ».
Kant pense que la condition de liberté réside dans un déterminisme moral ou l’absolu « à priori » fixe un cadre à la condition humaine.
Une première façon d’interpréter cette pensée suppose que la liberté ne puisse exister que dans le respect de la morale au sens absolu du terme. Si la liberté est une conséquence de la morale, il faut faire très attention car on fleurte avec l’intégrisme. Il ne s’agit donc pas de dire que la liberté s’arrête à celle de son voisin, non. Il s’agit de dire que la morale a fixé un cadre absolu qui s’impose à l’humanité. Or, on a vu précédemment que la morale n’est rien d’autre qu’un mythe fixé par des humains.
J’ai donc beaucoup de mal à concevoir l’absolu lorsque la morale s’applique à l’homme. Société aliénante. Qu’il y ait recherche de l’absolu dans la vérité scientifique oui. Dans tout ce qui s’impose à l’homme… je suis très prudent !
Pour paraphraser Kant : « que m’est-il permis d’espérer ? » Moi l’humain du 21eme siècle. Je lutte pour me sortir de mon déterminisme plus ou moins bien, avec plus ou moins d’effort ou de souffrances. La société me contraint dans un cadre réglementaire, et selon ma personnalité soit je veux bien accepter ce cadre car il me rassure (je n’ai pas à me poser de questions), soit j’ai envie de hurler pour qu’on me laisse plus de liberté. La technique est une formidable espérance car elle peut me sortir de mon déterminisme biologique. Mais il semble aussi qu’elle puisse constituer un danger. Avec des experts aux avis largement contradictoires. La crise Covid l’a largement montré.
Si ces notions de morale, d’éthique, sont construites par l’homme (ou quelques hommes), par-delà l’influence culturelle, elles évoluent au fil des époques et influencent les choix réglementaires. Comment, avec une telle accélération technologique ne pas considérer les réglementations comme étant elles aussi un risque dans la mesure où elles sont construites sans détricotage possible (ou très rarement). Construites par des hommes politiques élus, spécialistes de politique (clientélisme) plutôt que de technologie. Et si on donne trop de pouvoir aux scientifiques ou techno-scientifiques on ne tient pas compte de l’économie, ou du social. Trop de pouvoir aux économistes… Bref, on ne fait pas de la politique avec UN thème, mais avec la somme de tous. Et elle doit être conduite par des hommes que la communication, les médias et le clientélisme n’ont pas pervertis.
Alors que faut-il faire ?
Auteur :
Luc Marta de Andrade – Président du Think Tank
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